Une cicatrisation en forme de gouttes de sang coulant, roulant,moulant sur ma jambe…

(Malaise dans l’utérus)

C’est étrange : depuis que je ne suis née, je suis dysfonctionnelle. Je ne corresponds à rien, marginale, toujours bizarre, à rien faire comme les autres. Toujours à l’écart, jamais intégrée, seule, belle peut-être mais seule. L’inaccessible, encore maintenant, était mon quotidien,  le seul état connu de moi.

Je croyais que je partageais cette singularité avec les autres, celles que j’admirais, les recluses, les artistes, les aventurières, les poétesses.Certains secrets et ouvertures se refusaient à moi, et même celles qui préférent les filles aux garçons y parvenaient. Pas moi.

Jusqu’à aujourd’hui. Un ventre empli d’un commencement de vie. Une fabrication, une oeuvre, une nouvelle création. Viable, et vivante, jusqu’au bout…

Et l’acte fatidique, si peu évoqué mais connu de tous , sujet de débat, et non sujet de fiction.

La banalité, comme toutes les femmes : des ovaires qui fonctionnent, un ovule sain, une rencontre rapide et facile.

Je suis devenue comme tout le monde, et je ne sais pas si ca fait du bien.

L’histoire niée des Noir.es en France

« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. » Simone de Beauvoir. Tiens, on y est. « 

N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des immigrés soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilant.es votre vie durant. » Tiens, on y est.

« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que la Femme et l’Homme Noirs soient perçus comme des esclaves éternels. Ses droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilant.es votre vie durant. »On y est pas encore, mais ça ne saurait tarder.

L’Homme et la Femme noir.es sont perçu.es comme des éternels esclaves, éternels condamnés à être les esclaves des autres peuples . L’histoire des peuples noirs est toujours niée ou rapportée à l’esclavage : aucune recherche sérieuse n’est faite sur le Grand Zimbwabwé, grands royaumes africains disparus. Aucune réflexion n’est faite sur les systèmes égalitaires des tribus de certains peuples( y compris au niveau des sexes/genres) et démocratiques comme les Joolas, les Bainouks, les Bassaris, les Tivs,les Igbos etc. On invisibilise le pouvoir des femmes pourtant puissant chez les Sérères, les Ashantis, les Touaregs et même au Dahomey. On n’évoque pas les progrès en médecine de l’Afrique comme le principe de la vaccination chez certaines tribus bantoues. Savez vous qu’un esclave africain, Onesime a sauvé la région de Boston?

L’Homme et la Femme Noire.s , c’est l’esclave dans l’historiographie occidentale eurocentriste et raciste.

Des millions de personnes réduites en esclavage dans différentes régions du monde, jusqu’en Chine, et même pendant la période romaine, en général vendus par leur propres compatriotes noir.es.

On évoque l’esclavage arabo musulman tout en se gardant bien de dire qu’elle aussi touché les Blancs , notamment les Slaves vendus sur les comptoirs de Gênes ou de Venise par les collègues du père de Marco Polo et parfois par quelques guerriers francs et des pirates barbaresques. Le terme » slave », et celui d’esclave vient de là.

On évoque parfois l’ancien royaume d’Éthiopie, le royaume de Koush. Et quand on parle de leurs relations avec l’Égypte, dans un doc Arte parfois, on dit qu’ils ont été réduits en esclavage! Or, il y a un consensus scientifique , malgré les fables bibliques pour dire que l’esclavage n’ a JAMAIS EXISTE en Égypte antique : https://fr.wikipedia.org/wiki/Servitude_dans_l%27%C3%89gypte_antique

La fameuse Egypte Antique dont on nie le caractère noir africain malgré le fait que le fait que les personnes sont représentées souvent en noir/marron, portent des tresses ou des locks, et on des bons gros nez africains, et qu’ils ne montrent jamais les Lybiens, les Berbères blancs de l’époque de la même couleur qu’eux. . Toutefois, les justifications les plus grotesques , voire des mensonges sont proférés pour nier l’évidence type les femmes sont représentées plus claires que les hommes à l’image de celle-ci : https://fr.wikipedia.org/wiki/Servitude_dans_l%27%C3%89gypte_antique. Elle, c’est la grand -mère de Touthakhamon, le gamin censé ressembler à un Berbère. La Grande civilisation à qui la Grèce doit une sacrée dette ne peut pas être habités par des personnes noires.

Et la civilisation de Koush fut tout aussi brillante , voire plus : elle a réussi même là où l’Egypte avait échoué en gagnant contre Alexandre le Grand et en tenant en échec les armées d’Auguste. Savez vous que ce sont des femmes, les Candaces qui réussissent à accomplir de tels exploits? Le roi grec le plus célèbre et le plus puissant de tous les temps et l’Empire romains tenus en échec par des femmes noires régnantes, dont l’une d’elle bien en chair et borgne ? Tous les problèmes de l’intersectionnalité sont résolus à travers cette histoire!Pour être sérieux, des femmes noires aussi puissantes briseraient bien des clichés sur l’Afrique et le patriarcat, et montreraient l’avant gardisme du continent noir africain, tout en faisant taire au nom des femmes les derniers phallocrates de la Terre. Pourtant, des médias comme france Info n’aime pas l’idée que des Noirs fussent meilleurs que les Occidentaux et donc on rétrogradé ces femmes au rang de légendes alors qu’elles sont attestées historiquement : https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/culture-africaine/soudan-qui-sont-vraiment-les-kandakas-ces-souveraines-antiques_3275921.html. Sans les fameuses CANDACES , l’Afrique noire aurait d’abord grecque, puis ensuite romaine. Il n’y a qu’Arminius en Europe qui peut se vanter d’une telle réussite. *

On se tait aussi sur la contribution Noirs à la Révolution industrielle : Lewis Howard Latimer, Marc Regis Hannah ou G. tailer Woods. On ne parle beaucoup de ses femmes extraordinaires comme Bessie Blount ou Lisa Gelopter.

(Il ne faut évidemment pas tomber dans certains travers afrocentristes qui consisteraient à proclamer que les Noirs ont civilisé le monde entier. (sans oublier de dire que les dites civilisations ont parfois de grosses tares)

Esclave, encore. Voilà à quoi veut-on nous réduire pour nous faire taire et nous faire courber l’échine.

Esclave au sein même de nos populations lorsqu’on renvoie à la traite intra africaine(phénomène somme toute assez marginale), mais surtout au fait que nos monarques et chefs anciens vendaient leurs sujets ou leurs captifs de guerre contre des pacotilles. Or, c’est faux. Il y eut de nombreuses résistances noires africaines contre la traité négrière : je découvre tous les jours et tous les ans un résistant africain ou toute une population dont on ne parle jamais : https://www.chegg.com/flashcards/african-resistance-to-slavery-a70f06a2-1428-43c3-8384-485c46b5eb8d/deck

Adandozan, Abinsam, Tezifon, le Roi Alfonso 1er, le premier culte Nyabinghi(société secrète de femmes), les Obas du Bénin, l’une des plus grandes civilisations africaines, Kimpa Vita, les Djoolas, les Royaumes Mossi, les Royaumes du Sosso et bien d’autres royaumes se sont opposés aux traites négrières , voire les ont attaqué. Des villes comme Abeokuta ont été créées comme refuges. Au Calabar, des civils se sont rebellés contre leur chef corrompu : https://www.nofi.media/2016/10/resistance-africainlesclavage-revolte-de-calabar-1767/31972.

On ne parle guère aussi de la résistance des esclaves pourtant nombreuses : cela a commencé dès Sebastien Lemba à Saint Domingue , futur Haiti, mais c’est poursuivi avec Mackandal, Delgrès, Solitude, Toussaint Louverture, Dessalines, Dédé Bazile, jusqu’à la très inconnue Lumina Sophie.

Nous devons rester vigilant.es face au fait qu’on veut nous rabaisser et nous avilir, et toujours montrer notre force,et que nous sommes précurseurs en de nombreux domaines.

Réponse à Frédéric Lordon et aux autres qui estiment que la ZAD est un épiphénomène dans l’Histoire

Frédéric Lordon écrit il y a quelques mois dans le Monde Diplomatique un récit à la fois élogieux et ironique sur la Zad de Notre Dame des Landes. Pour résumer, l’expérience zadiste relève d’un héroïsme hors du commun réservée à une élite assez sauvage et difficile pour se passer de confort pendant quelques mois . Elle ne peut pas être à la portée du plus grand monde, composé entre autre de médiocres asservis à la consommation et surtout à la douceur qu’elle apporte. La plupart des gens seraient incapables de se résoudre à faire caca dans les bois où à se laver seulement deux à trois fois par semaine . La plupart des gens sont trop frileux pour supporter les hivers rigoureux dans de simples yourtes ou des cabanes chauffées à la poêle. La plupart des gens ne sont pas assez patients pour cultiver un potager en champs de permaculture ou chercher du bois pour préparer un feu. Les Zadistes sont des élus, pas le commun des mortels.

Il ne s’arrête pas là. Bien que la Zad soit d’expression gauchiste, Lordon est persuadé que le concept peut être perverti par l’extrême droite, à l’image de l’écologie corrompue par sa droite avec l’émergence des survivalistes complotistes et de l’écofascisme. Admettons. Le fascisme est basé sur la supériorité de la race dont l’expression se trouve dans la technologie et le progrès issus du génie d’une société civilisée. Or les civilisations « technologiques » ont démontré leur incapacité à vivre en harmonie avec leur environnement, au contraire ils utilisent leur environnement comme une ressource . L’une des bases de l’écologie est de montrer le superflu et le danger de la technique, ainsi qu’un retour vers une société plus harmonieuse envers leur environnement. Or, ce sont les sociétés dites « inférieures » qui ont prouvé leur capacité dans ce domaine. Ainsi, l’écofascisme(ou le racisme d’un John Muir ) est absurde, un non sens. On va nous objecter que le racisme est un non sens par nature, ce qui est vrai, mais il était fondé sur des principes valorisant les inventions occidentales. Or, l’écologie est justement critique des avancées techniques occidentales et aura nécessairement besoin des sociétés autrefois dénigrées pour combler les lacunes environnementales des sociétés dites civilisées. Ainsi , l’écofascisme, contradiction en ses termes, ne peut pas rester crédible. Une Zad de fachos, en plus d’être un plagiat et un vol culturel est impossible.

Le véritable sujet n’est pas là : La Zad n’est pas accessible à tous. Peut-être, pour l’instant. Toutefois, une société en plein effondrement ( celui qui est en train de commencer) va profondément produire des mutations. La prochaine chute des cours des bourses, l’augmentation incessante du carburant, la raréfaction des produits de première nécessité, les maladies à répétition, les désastres climatiques font signer le glas d ‘une civilisation déjà fragilisée par les multiples crises économiques. Lorsque le moment viendra, la dernière préoccupation de l’être humain ne sera probablement pas la dernière sortie d’un Iphone ou même de vivre dans une banlieue résidentielle. Sa préoccupation sera de « survivre ». Et les modes de vie communautaires installés suite au phénomène zadistes, sûrement de plus en plus nombreuses , mais encore marginales , se trouveront être les meilleurs solutions pour ne pas mourir comme un con parce que le délai du supermarché du coin en autonomie sera dépassé( ou que celui-ci sera pillé). Le sacrifice du confort ou le retour à une vie difficile ne sera sûrement pas le crève coeur prédit par Lordon. De plus, une vie un peu rude ne signifie pas de renoncer à son thé du matin( je dis ça par expérience) : https://www.monde-diplomatique.fr/2019/10/LORDON/60498.

On n’aura plus peur de chercher de l’eau pure à une source, de mettre les mains dans la merde pour faire un bon compost ou un bon fumier pour faire du gaz naturel ou dormir sur un lit un peu humide. Les anciennes générations ont survécu à pire. A nous d’être à la hauteur des prochaines et à leur donner du courage non pas pour réussir des concours administratifs mais pour être capables de dormir dans une chambre éclairée à la chandelle.

Lordon oublie aussi quelque chose d’essentiel au vu de l’historiographie actuelle: les Zads sont les projets de la gauche anticapitalistes à aboutir sur une victoire, même au delà de l’échéance électorale. Toutes les grandes luttes de ces vingt dernières années depuis le CPE en 2006 ont échoué. Nuit Debout s’est essouflé en septembre 2016, Les Gilets Jaunes ont du mal à survivre et les grandes grèves des cheminots et des services du secteur médico social n’ont abouti à rien. L’état de la gauche sur le plan politique est désastreux : la fin du PS était une bonne nouvelle mais la France Insoumise de Mélenchon manque de charisme quand elle n’est pas ridicule, les Verts sont un groupe de bobos sans radicalité et en voie de psisation avec le même niveau de trahison(sauf peut-être Rousseau) et les autres sont inexistants parce que démodés et d’un autre siècle. Les échecs de la gauche ne me plaisent pas et m’attristent. Je m’y suis impliquée comme de nombreuses personnes, et j’y ai cru . J’ai vraiment cru à un nouveau Mai 68 avec Nuit Debout et une nouvelle Commune avec les Gilets Jaunes, un nouveau CPE avec les mouvements lycéens durement réprimés et un nouveau 1995 avec la loi contre les réformes des retraites. Le résultat est là : rien ne bouge vraiment. La société est atone.

Le mouvement des Zads a obtenu des victoires, malgré les expulsions et les déchirements. Le projet de l’aéroport a été abandonné à Notre Dame des Landes, le triangle de Gonesse est un mauvais souvenir, le port à Brétignoles sur Mer sur mer ne sera pas construit, la forêt de Roybon ne verra jamais le Central Parc et même le projet au Carnet n’est plus d’actualité. Malgré la destruction des jardins d’Aubervilliers, la ville a suspendu pour un temps les travaux . Il n’y a que le projet d’autoroute CGO vers Strasbourg qui se fera finalement, mais partout les victoires sont là. Les zadistes réussissent à faire plier le gouvernement et les capitalistes , contrairement aux autres mouvements des luttes. Ces réussites trop rares et malheureusement uniques ne peuvent que s’inscrire dans l’histoire, surtout quand la gauche est en désuétude. Au moment du Larzac, le parti communiste était haut dans les sondages et Mai 68 un souvenir rampant. Au moment de la Zad, c’est juste le seul moyen d’une lutte victorieuse.

La Zad se présente donc comme une lutte à l’efficacité redoutable, le précurseur d’un mode de vie post effondrement et une volonté décroissante de détruire l’économie capitaliste. La Zad est donc un moment historique fondamental parce qu’elle est l’avant garde d’un système en perdition.

« Islamo gauchisme », « racialisme », « grand remplacement », ca n’existe pas!

L’être humain est un personnage pétri de fantasmes . Il y a ce qu’on appelle les théories du complot : idées combattues avec véhémence par la presse, les politiques de tout bord ,les patrons du CAC 40, les scientifiques, lettrés et les universitaires.

Il y a les rumeurs colportées par les politiques, combattues par les universitaires seulement parce qu’ils sont les premiers visés et ciblés, que l’on pourrait qualifier aussi de « théories du complot ». Ce n’est pas le cas parce qu’elles sont colportées par les politiques. Tout d’un coup ces fables d’un autre temps deviennent sérieuses. Examinons pourtant ces symptômes paranoïaques.

L’un des plus connus mais aussi les plus ridicules car réactionnaires et datés dans le temps : l’islamo gauchisme : les vilains gauchistes se seraient alliés aux musulmans les plus fanatiques pour défendre les femmes voilées, les gamins insupportables des banlieues, les attaques contre l’islam et trouver des excuses aux terroristes. Ils se déclarent antisionistes, défendent la Palestine contre l’occupation israélienne.Ils sont aveugles aux pires crimes du FLN en Algérie, attaquent les valeurs universelles de la République et de la laïcité.

Une petite mise au point : ce n’est pas parce que tu refuses de voir des effets positifs dans la colonisation française que tu soutiens l’islam radical. Et ce n’est pas parce que tu soutiens l’autodétermination des femmes musulmanes à porter OU NON le voile ( autant que certaines préfèrent mettre des talons hauts qui déforment les pieds) que tu es le cheval de Troie des Talibans.

Les gauchistes (ou non? C’est quoi un gauchiste?), ou les types vraiment antiracistes, voilà ce qu’ils veulent :

  • Qu’on leur foute la paix et qu’on les laisse porter ce qu’ils veulent sans y voir une aliénation
  • Lutter contre les violences policières et la stigmatisation des enfants de banlieue/cité et qu’on ne renvoie pas tous les problèmes sociaux ou psychociaux à des « problèmes culturels »
  • Qu’on reconnaisse l’esclavage et la colonisation comme des crimes contre l’humanité
  • Que l’on reconnaisse la souffrance des Palestiniens
  • Que l’on sanctionne et marginalise les protos fascistes tels que Zemmour et autres pourritures.

Le racialisme : Le racialisme existe en effet : Gobineau en donne une définition cinglante dans son essai célèbre : Essai sur l’inégalité des races humaines. Le titre est assez éloquent pour se passer d’explication. A ce niveau, il n’y aurait pas de différences entre racialisme et racisme. En revanche, le racialisme n’existe pas dans les théories antiracistes/décoloniales. Un auteur , Mathieu Bock Côté qui apparemment ne sait pas lire ou comprendre des théories sociologiques a commis un bouquin dénonçant la nouvelle perversion de l’antiracisme : les nouveaux décoloniaux sont obsédés par la « race ». Un autre , Renaud Camus, s’est ridiculisé sur Twitter en disant que les antiracistes corroborent le discours de l’existence des races. Il s’est cru malin, l’idiot.

Pas du tout. Les antiracistes n’ont jamais admis l’idée de l’existence des races. Ils dénoncent, lisez bien, la construction sociale de la race héritée des théories racistes véhiculées par Gobineau et les autres. Celle-ci est fondée sur la couleur de peau et/ou les religions/peuples. La race n’existe pas scientifiquement. Toutefois, les sociétés occidentales ont inventé un système de classification des populations , classification appelée « race » dont les stigmates existent encore aujourd’hui avec privilèges et désavantages . Le Blanc, placé en haut de cette classification, est bénéficiaire de privilèges . Les autres sont dit « racisés », c’est-à-dire renvoyée à une catégorie fictive basée sur leur couleur de peau ou leur religion. Précisons que le Blanc est racisé aussi , comme le dit Wissam , mais racisé positivement, d’où l’appellation de « blanchité » et des privilèges qui en découlent. D’ailleurs, des personnes adeptes du passing(c’est-à-dire des Noirs, Latinos, Arabes à la peau claire) sont aussi bénéficiaires de cette blanchité car ils sont privilégiés par rapport aux autres (par exemple , le problème de la couleur de peau aux Antilles). Les antiracistes s’attaquent à un système mis en place par la société et non à une réalité tangible. Ainsi, ils dénoncent le racisme de manière plus efficace et plus radicale parce qu’ils combattent un axiome politique , social et structurel. Les nouveaux antiracistes ne sont pas racialistes, mais les plus utiles négateurs du racialisme.

L’autre fable qui circule se nomme le « grand remplacement » : autrement dit, il y aurait un complot qui viserait à remplacer les populations occidentales par les populations immigrées nord africaines et sub sahariennes.

Les communistes aussi dénoncent cette immigration parce que les ouvriers étrangers acceptent des salaires au rabais et menacent les emplois des franchouillards.

En fait, il y a bien quelque chose qui provoque une immigration massive des pays d’Afrique vers l’Europe : le pillage des ressources naturelles par les puissances européennes. Les États Européens et les multinationales ont organisé des coups d’états, ont organisé des guerres, ont placé des sous fifres et des analphabètes au pouvoir dans le seul but d’obtenir des ressources à bas prix. La conséquence de ces manipulations politiques néfastes sont évidentes : famine, pauvreté, misère, pollution excessive des terres. Les habitants de ces terres n’ont pas d’autres choix que de les quitter et d’émigrer vers des contrées plus « aisés ».

L’Afrique est un continent riche et gorgé de ressources précieuses mais elle est pillée par les anciennes puissances coloniales, notamment la France. L’immigration est donc provoquée par le comportement mafieux et criminel des anciennes puissances. La question du grand remplacement est donc un faux débat. L’immigration des populations africaines n’est pas le fruit d’une orchestration magistrale pour se débarrasser de la population blanche mais juste une conséquence de la violence et des crimes perpétrés par les multinationales et les Etats Européens.

( Avis aux fachos : si vous ne voulez plus d’immigration, laissez l’Afrique se développer. En revanche, faut pas pleurnicher si le prix de l’essence s’envole et que les aides sociales s’amenuisent, ca s’appelle la loi du marché).

2016, l’année charnière où j’écrivis ce livre.

2015, déjà terminé.

2014 où il fut scellé.

Une oeuvre de jeunesse, écrit vers 25 ans, comme les prodiges , entre Métamorphe , Versus ,le théâtre de la Névrose et Romance Noire et autres nouvelles gothiques.

Un cerveau propice à l’imaginaire et à la créativité.

Quelques poèmes , entre pépites et médiocrité.

Et maintenant, les maisons d’édition(avec cet espoir fou d’être 50 fois recalée avant le best seller surprise).

Excepté que …

Depuis MON idée a fait du chemin dans la tête d’autres, sous diverses formes.

Quelqu’un m’ a pris mon sujet(série Wandavisions) , un autre monde cadre et mon décor (Le Prince Oublié) et carrément mon titre( Féérie pour de Vrai) que je trouvais trop niais!

La procrastination , c’est horrible! Vite à l’ouvrage!

C’est horrible d’être une visionnaire sans oeuvre!

(c’est un peu l’histoire de ma vie, non, comme quand je laisse filer un mec pour un type qui le mérite pas et que j’en retire que mépris et déconsidération)

J’ai tellement peur…

La Sorcière et l’Alchimiste

Ils s’étaient au premier regard, ce qui n’est jamais bon signe.

Elle était sorcière, spécialiste des potions et des breuvages. Son serpent aux yeux rouges ne quittait jamais son cou.

Il était alchimiste , fasciné par l’étude de la matière et des transformations métallurgiques. On ne le voyait jamais seul, toujours accompagné d’un Maître de la Forge.

Ils étaient tous les deux passionnés par les expériences scientifiques :ils travaillaient tous les jours d’arrache- pied pour pour gagner en connaissance, acquérir du savoir et créer de nouveaux artefacts ou remèdes.

On les disait l’un pour l’autre, malgré leurs disputes terribles aux voix hurlantes et sonores.

La Sorcière fit un jour une avancée considérable. L’Alchimiste voulut s’en attribuer les mérites en l’écartant de la reconnaissance qui lui était due. Il lui rappela qu’elle était son disciple, qui lui avait appris beaucoup et qu’elle n’aurait rien découvert sans lui.

Il ne disait pas que leur rage parfois se transformait en coup. Il le dissimulait, il ne reconnaissait pas ou minimisait ses actes, il pouvait même l’accuser de comportements qu’elle n’avait pas. Il avait pourtant ses crises de colère terribles qui duraient toute la nuit et qui l’effrayait.

Elle s’enfuit un jour de chez lui, avec ses plans précieux et ses secrets qu’elle n’avait révélé à personne.

Elle se cacha dans la forêt où elle étudia dissimulée de tous de nouveaux sortilèges et métamorphoses.

Il la chercha jusqu’à la trouver mais il la sous estima encore , ce qui était sa principale erreur la concernant, et elle parvint , à la fin d’un duel épique à le neutraliser. Elle lui lança un sort compliqué qu’elle avait eu du mal à maîtriser pour l’immobiliser puis le priver définitivement de ses pouvoirs. Elle en ressortit affaiblie et blessée mais encore capable de se défendre et de pratiquer la sorcellerie.

Ce n’était plus le cas de l’Alchimiste, devenu impuissant.

Il repartir bredouille, quelque part loin, sans ses amis, caché de tous , pour ne pas dévoiler sa honte au monde.

C’est alors qu’elle revint auprès des siens et reprit sa place.

Les chefs d’oeuvre qui manquent

Les auteurs de nos jours sont des bons à rien. Très rares sont ceux qi s’emparent des sujets essentiels ou des sujets qui fâchent. Ne soyons pas vaches : certains écrivains affrontent le thème de l’apocalypse et des problèmes écologiques avec brio. Toutefois, il me semble que trois grands thèmes sont trop facilement délaissés :

LE CHÔMAGE : Le travail est , de nos jours, et sachez que ce ne fut pas toujours le cas, ce qui donne un statut social important. Être au chômage renvoie à un profond échec social, voire un échec vital. Quelqu’un qui ne travaille pas est automatiquement un paria dont il faut corriger la trajectoire. Il faudrait donc écrire une œuvre sur les affres, le déclassement et la souffrance un homme ou une femme au chômage. Une description minutieuse de son état d’esprit : de la pression sociale subie et de la honte ressentie. Une réflexion sur la condition de personnes qu’on mettra au ban de la société si sa situation se prolonge. Il aurait beaucoup à en dire. L’une des œuvres maîtresses qui pourrait sceller le 21ème siècle.

LE LANCEUR D’ALERTE : Il y a plein de récits sur les hackers, à juste titre , dans tous les arts de la fiction, de la littérature aux séries TV. Il est assez étonnant que les lanceurs d’alertes , ces hommes et ces femmes ordinaires qui prennent courage pour dénoncer les mauvais agissements d’entreprises ou de personnes puissantes ne soient pas plus honoré.es ou mis en avant. En effet, pour une fois, on aurait des héros sans capacité ou talent particuliers, juste leur dignité ou leur courage comme principales qualités. Ce sont donc non seulement des héros auxquels on peut facilement s’identifier, mais surtout des héros qui écrivent et font l’histoire, donc des personnes indispensables et visionnaires auxquels nous devons rendre justice.

LES CHEVEUX CRÉPUS : Toni Morrison a écrit sur l’aliénation des Noirs autour de la couleur des yeux bleus. La couleur de la peau mais aussi les cheveux ont été sujets d’aliénation chez les Noirs. Le mouvement Nappy a , il est vrai, beaucoup interrogé nos rapports complexes avec nos cheveux. Toutefois, il faut en parler, relater les méfaits de ce désamour pour les cheveux crépus pour favoriser les cheveux lisses . Il ne faut ²pas oublier que la première femme noire millionnaire grâce à son entreprise fut l’inventrice du défrisage! Il faut bien comprendre l’impact la promotion du lissage sur nos corps depuis des centaines d’années, à partir de l’esclavage et de la colonisation. Un roman important sur l’aliénation puis la réappropriation de nos cheveux s’impose.

LES THÉORIES DU COMPLOT SUR INTERNET : Internet est un phénomène majeur pour plusieurs raisons. Il faudrait eut-être une saga à la Rougon Maquard ou une saga balzacienne pour en analyser toutes les spécificités. Réseaux sociaux d’une part(Facebook, Youtube, Instagram, Twitter, Tik Tok et bien d’autres). Sites participatifs, Wikileaks, datajournalisme et transformation de la presse écrite en presse digitale, mais aussi l’avènement des fameuses théories du complots. Internet est un espace tentaculaire dont els ramifications sont nombreuses mais connectées entre elles(sans mauvais jeu de mots). Les moyens de communication et d’appréhension de l’autre sont modifiés. Peut-être faut-il une réflexion sur l’être numérique : lorsqu’il s’agit d’un influenceur (qui en vient à supplanter les créatifs eux-mêmes) ou d’un usager compulsif des réseaux sociaux. Et cet autre être, qui a alors accès à une vérité alternative, inédite qui lui séduit plus que les discours « officiels ou traditionnels ». La psychologie des amateurs plus ou moins élevés du complot est intéressante : est-ce à cause des mensonges répétés des gouvernements? D’une propagande journalistique de plus en plus visible? D’une forme de narcissisme mal nourri? D’une vie pleine de frustration? D’une utilisation sémantique abusive de ce terme? D’une nouvelle forme de manipulation et de conditionnement? Faudrait-il raconter la genèse d’un héros complotiste ou décortiquer comment Internet, le réseau technologique le plus contrôlé du monde serait devenu le terrain fertile de la révélation de dossiers et projets secrets? Peut-être une trilogie ou quadrilogie de 500 pages serait nécessaire .

Il faudrait aussi écrire un bon gros roman de fantasy/ YA avec une héroïne forte , courageuse, pleine de maladresse avec des pouvoirs puissants , attirée par ses pouvoirs comme source de connaissance mais aussi de puissance. J’aimerais aussi qu’elle affronte des adversaires antagonistes puissants, persuadés d’accomplir une mission noble et honnête, et capables de lui faire douter de ses valeurs morales(pas de Seigneurs des Ténèbres, mais pas de guerre de clans ni de guerre de pouvoir). Elle serait accompagnée et entourée d’amis très diversifiés( noirs, asiats’, LGBTQI, drôles et peureux, badass), elle serait féministe, pas trop belle, sensible, intelligente, parfois légère et flemmarde, drôle, butée, parfois anticonformiste et parfois un peu plus dans le moule. Elle ne serait pas puissante au début, juste moyenne, qui doit travailler pour réussir. Elle tomberait amoureuse plusieurs fois( et parfois d’une fille, d’un trans), elle serait parfois ridicule , parfois grandiose. Il ne faudrait pas une héroïne qui soit « l’élue » mais qui aurait de fortes convictions!

J’ai pensé à deux sortes de romans de fantasy :

  1. le premier raconterait l’histoire de quatre vastes domaines. L’un des Domaines maintient une domination raciste et classiste sur les trois autres, pratiquant l’esclavage et l’exploitation des ressources. Les habitants du Domaine fort vivent dans l’opulence. Les habitants des trois autres domaines vivent dans la misère et la souffrance. Il existe une prophétie qui raconte l’avènement d’un.e jeune élu.e capable de mettre fin à la dictature et de rééquilibrer les forces des quatre domaines. Les Chefs du premier domaine craignent cette prophétie. L’élu.e e manifestera lorsque que quelqu’un sera capable de briser une statue réputée incassable. Selon la prophétie, ille est né un mois de décembre, premier.e de sa famille. Des mouvements rebelles s’organisent. Pendant ce temps , les chefs des quatre domaines organisent des tournois mortels où ils sélectionnent des premiers nés du mois de décembre dans l’espoir de trouver l’élu.e et de le/la tuer. Toutefois, quelqu’un parvient à briser la statue par accident. Un jeune homme répertorié né entre le 31 et 1er décembre( sa mère a réussi à gruger). Les rebelles le cachent et s’organisent autour de lui. Pourtant, le jeune homme prend la grosse tête, se conduit en autocrate en prenant la tête de la rébellion. Tout le monde l’écoute sans broncher sauf une jeune fille qui rêve de le renverser. Le jeune homme et les rebelles accomplissent la prophétie et renversent le Domaine fort. Toutefois , après ça, l’élu massacre ses alliés et règne en tyran en confisquant tous les biens. La jeune fille qui se méfiait de lui décide de passer à l’action, tout en ayant peur de reproduire les mêmes travers.
  2. Le second serait plus léger. Il se passerait dans une seule contrée. Dans cette société , il y a des animaux issus du folklore africain La société de cette contrée est comme la nôtre divisée en classes sociales. Le métier ultime est Devin Mystique, c’est -à -dire des personnes détenteurs de la mémoire du passé et capables de prédire l’avenir. Sinon, les métiers les plus prisés sont : sorciers, alchimistes,numérancien,rhétoricien,guerriers,artiste,messagers, exploitants, professeurs éminents. les métiers intermédiaires sont : herboristes, soigneur,guérisseur,artisan,commerçant,écuyers,manoeuvriers,protecteurs, professeur d’Ecole. Les métiers subalternes : servant, ménager, esclave, sousoeuvriers, guetteurs,gardiens,agricolier,armateur, nourriciers. La magie et le surnaturels dominent cette société. Le gouvernement est composé d’une Assemblée Populaire et d’une Assemblée Territoriale élues au suffrage universels et divisées en Quatre pouvoir( législatif, exécutif, judiciaire et guerrier). L’Assemblée Territoriale est la plus puissante. Douze personnes siègent à ces assemblées, trois pour chaque pouvoir. La société est démocratique mais classiste : en effet , les métiers les plus prisés sont les classes les plus riches et les métiers subalternes sont misérables et pauvres , ce qui constitue une contradiction pour plusieurs contestataires . Plusieurs groupes de rebelles s’organisent pour plus de justice sociale et les grèves et révoltes se multiplient.Les classes riches protestent en rétorquant que tous peuvent y arriver en réussissant les prestigieux concours de l’Académie , une Grande École Supérieure qui forme aux métiers divers élitistes( sorciers, alchimistes, rhétoricien, guerrier, numérancien,messagers) . Cette Académie est ouvert à toutes les classes sociales. Les meilleurs de l’Académie deviennent des Devins Mystiques Ils font remarquer aussi que la plupart des Exploitants sont d’anciens commerçants ayant donné une expansion territoriale à leurs commerces et que les Artistes sont des personnes sont des personnes qui se sont distinguées par leur talent ou leur génie. Notre héroïne, Noa, jeune fille noire , fille d’herboriste et d’artisan, a réussi de justesse le concours d’Apprenti Sorcier. Elle est acceptée à l’Académie. Son animal de compagnie est un ngoubou . Sa soeur, brillante rhétoricienne se marie avec un Alchimiste. Ses parents sont fiers qu’elle change de classe sociale. Au mariage, un vieil oncle, soigneur de métier arrive. Il sympathise avec Noa. Il lui révèle que la société magique dans lequel ils vivent est fausse. Des personnes dans l’ombre dirigent tout et maintiennent une société de classe et d’esclavage pour le pouvoir et l’argent. Tout le monde a tort , les rebelles comme les autres. Ces gens là nous trompent. La magie n’existe pas en vérité. Il existe une autre société , la vraie, qu’on trouve dans les livres et qu’on nous fait passer pour affabulation d’artistes : les voitures, les trains, les ampoules électriques, les vélos, les frigos , tout ca existe. Les animaux comme les lions,les éléphants,les rhinocéros, les chats et les chiens existent réellement. Ils ont tout disparu dans la 6ème extinction de masse. Cette société existe pour camoufler la dégradation de l’air, des eaux et des forêts. Enfin, les Devins Mystiques n’ont rien de spécial : s’ils connaissent le passé de chacun, c’est parce que nos vies sont contrôlées et déterminées par les forces en place. S’ils connaissent le futur, c’est parce que des plans sont préparés à l’avance et que tous les actions qui semblent importantes( des décisions gouvernementales aux révoltes ) sont prévues à l’avance… Noa entre dans un monde étrange qu’elle ne connaissait pas où tout ce qu’on lui a appris à l’école secondaire est faux. Existe-il une société où l’électricité existe? Où les lois thermos dynamiques s’appliquent?
  3. Une petite nouvelle: Un bateau et des jeunes migrants. Un enfant tombe à l’eau. Sa mère tente de le sauver mais ne peut pas. Elle est alors amenée à Calais, mais le recherche. Cet enfant est recherché partout. Il est alors recueilli par un chippique qui le ramène à la terre, vers Marseille.Une petite fille noire, fille d’immigrés l’aperçoit et le sauve.Mais le chippique lui aussi est menacé car il ne reste que quelques personnes de son espèce. Le petit garçon et lui sont alors recueillis par une petite fille noire, qui est victime de racisme.

Il faut aussi un roman sur les révoltes et révolutions actuelles , et s’attarder sur certains clivages ou aussi certains enjeux importants comme le recours à la violence ou à la non violence. Raconter le point de vue d’un violent et d’un non violent.e, leurs argumentaires, leurs vécus, leurs ressentis, leurs basculement, la pertinence de telles ou telles actions. Une héroïne défaillant entre violence et non violence, entre vandalisme et refus de se battre, entre indignation des violences policières , casse, police, pelleteuse, pleurs , blessures et larmes. Il ne s’agit pas que du « black bloc » ou de slogans. Il s’agit de confronter les points de vue et de comprendre les motivations , les points de vue et les désirs de chacun.

A qui le tour?

Les romans sur la ZAD se multiplient : certains ont l’air sympathique, d’autres racontent une histoire trop fantasmée. Le véritable défaut principal de ses écrivains est qu’ils sont tous de passage. Aucun n’y a vraiment vécu. Leur textes sont des regards extérieurs. Ils n’ont pas d’amis proches sur la Zad, ce n’est pas une famille pour eux, ils n’ont pas de souvenirs importants , ni de lieux magiques à part quelques noms connus comme les Cent Noms ou la Wardine. Il serait peut-être temps que ces romans sentent la chair, la sueur, l’amour et la souffrance et non un oeil extérieur de journaliste qui observe les moeurs d’u n pays étranger. Nous ne sommes plus des objets d’étude, un récit de polar , des revendications guerrières, une occupation télévisuelle, le lieu de résistance d’une dystopie , un gamin qu’il faut retrouver ou de la désobéissance civile répertorié dans un manuel scolaire, mais de la joie, des larmes, des fêtes, des beuveries, de la drogue, des vols à l’étalage, des pleurs, des vadrouilles, des disputes, des départs inopinés, des bagarres, des erreurs de parcours, nous sommes de la Vie , des convictions et des combats! Il faut raconter la ZAD comme un don.

La Zad pourrait -elle être le théâtre d’une histoire d’héroic fantasy? J’adhère totalement: les cabanes inventives, la forêt mystérieuse, la société en autarcie, le Non Marché, Radio K, les potagers, les forges , les jardins de plantes médicinales, les ‘BB » contre la police, les divisions entre clans, les barricades, les costumes(boucliers, fronde, lance-pierre,etc), les chiens, chats la faune et la flore, la cabane flottante sur l’eau font un décor parfait d’héroic fantaisie. Toutefois, chez nous , pas d’élus ni de véritables gagnants…

Sorcières , sorcières … Et le Wise fool

La Sorcière est une guerrière excentrique aux pouvoirs hallucinés et fantasmagoriques. Tantôt, elle soigne les blessures de ses amis, tantôt elle cause souffrance et difficultés à ses ennemis. Les plantes , qu’elle connaît par coeur et qu’elle maîtrise , changent de nature selon leur volonté, toxiques ou apaisantes, dangereuses ou amicales.

Les hommes ont eu droit à toutes sortes d’archétype : le guerrier charismatique, l’ambitieux, l’arriviste,le maladroit, l’assoiffé de pouvoir, le fou génial, le traître, le fourbe, le séducteur, etc. La femme a eu droit aux mêmes archétypes : la mégère, la rancunière, l’ambitieuse pimbêche, la femme fatale, la maladroite, la naïve mais jamais elle n’a eu droit à la folle géniale parce que la créativité n’est pas femme, c’est une histoire d’hommes.

Dans la littérature, les séries ou le cinéma , le visionnaire à côté de la plaque est incarné toujours par un homme, vieux ou jeune, très intelligent mais complètement bizarre et gaffeur, au caractère extrême : Merlin, Don Quichotte,les bouffons shakespeariens, et plus récemment Floki. Il y eut une petite exception à la règle, créée par une femme : Luna Lovegood

Sinon, il y a eu un nombre de personnages féminins excentriques particulièrement ratés( Meredith Grey, d’ailleurs, cède sa place de fille fofolle après le décès de Derek pour être remplacée par Amelia Sheperd, mais il y a aussi , un peu, Maggie Pierce). :

https://www.brain-magazine.fr/article/reportages/9441-S%C3%A9ries-T%C3%A9l%C3%A9—Les-Personnages-F%C3%A9minins-Excentriques

En fait, non. La femme vraiment géniale et visionnaire, à l’imagination débordante et loufoque eut sa propre incarnation : la sorcière, à qui l’on a dépossédée certains savoirs scientifiques. En effet, la sorcière est une guérisseuse, une chimiste avisée capable de préparer des remèdes pour calmer le mal et la douleur ou créer des poisons pour se débarrasser de ses ennemis. Elle allie savoir et sagesse, puissance créatrice et inventivité mystique . Son accoutrement va de pair avec sa folie douce: la sorcière est cette femme marginale au comportement excentrique qui nous déconcerte. Merlin prit d’ailleurs deux femmes aux capacités étendues sous son aile ; Morgane, la soeur d’Arthur et Viviane son grand amour. Toutefois, contrairement à ses homologues masculins qui ont le droit à une caractérisation ambiguë, la sorcière fut longtemps diabolisée.

Ce n’est pas étonnant : elle transgresse la norme absolue du patriarcat : la femme ne doit pas créer . Le pouvoir masculin tolère les femmes intellectuelles , les hautes techniciennes ou les grandes interprètes. Il commence à admettre la combattante (qu’il a d’ailleurs posée comme meilleure amie idéale, puis comme fantasme féminin radicalement différent des autres femmes et quelque part supérieure à elles) mais il a encore du mal avec la figure d’une femme innovatrice. Ainsi, les femmes imaginatives comme les sorcières furent longtemps mises au ban de la société, rejetées, pourchassées, brûlées, parce qu’elles représentaient une menace pour les prérogatives masculines. Les féministes du XXIème siècle l’ont bien compris puisqu’elles ont décidé de faire de la sorcière un symbole des luttes.

(le danger , malheureusement, est que cette figure devienne un argument marketing : l’industrie de la mode n’a pas hésité à délivrer des séries de tee shirt intitulées « sorcières »)

Les sorcières sont , à l’instar des alchimistes ,des protoscientifiques : elles sont à l’origine de plusieurs savoirs dits scientifiques comme la botanique, la médecine, la pharmacie, la biochimie voire la géophysique. On sait tous que plusieurs médicaments sont issus de la transformation moléculaire des plantes. Les sorcières sont aussi les ancêtres des médecins et des pharmaciens. Or, la science médicale est un savoir que le patriarcat s’est réapproprié (pour ne pas dire voler)et a gardé jalousement, contribuant comme d’habitude à invisibiliser les femmes dans leur apport de la connaissance. On peut affirmer sans crainte qu’il est faux de dire que les sciences sont des domaines strictement masculins.

La Sorcière est à l’image du fol avisé, décalée et bizarre, loufoque et étrange, aux pouvoirs insoupçonnés et à l’esprit perché , mystique hors du monde , complètement lunaire et poétique.

On l’imagine la compagne idéale pour Merlin , à l’instar de Vivianne, ou pour Floki. La Sorcière est la subversion au féminin la plus définitive (plus que la guerrière qui s’approprie et adhère aux codes masculins de la force sans réellement les détourner) car elle acquiert son autonomie et sa puissance à travers les codes féminins, elle valorise la sororité et ouvre la porte à l’écoféminisme.

Naomi Osaka à l’épreuve

Le tournoi de Roland Garros s’est terminé il y a quelques jours. Outre les victoires finales , l’événement majeur fut la démission de Naomi Osaka.

La jeune fille avait décidé de refuser de participer à des conférences de presse parce qu’elle souffre d’anxiété sociale.

Les organisateurs du tournoi ont refusé d’en tenir compte et lui ont infligé une amende. Cette sanction est intolérable. Nous allons voir en quoi cette sanction relève de la psychophobie, de racisme et de sexisme et enfin en quoi la décision d’Osaka est un acte anticapitaliste

Psychophobie : je ne sais pas si l’anxiété sociale est une « maladie mentale » ou un « trouble psychique « au sens clinique du terme. En tout cas, l’anxiété sociale est une panique associée à certaines activités sociales ou à des situations de performance ou une personne peut se sentir humiliée, observée, rejetée par le jugement des autres. Elle conduit généralement à une dépression sévère quand une personne anxieuse socialement doit interagir avec d’autres personnes dans un espace clos. Naomi Osaka souffre d’anxiété sociale et ne peut pas donc pas répondre aux journalistes lors de conférences de presse sans risquer sa santé mentale et tomber dans une dépression sévère. Étant donné qu’il y a un risque sanitaire établi, sa volonté de se désister à des obligations médiatiques est parfaitement légitime. Elle devait donc en être exempte. L’amender pour non respect de ses obligations relève clairement du non respect de sa santé et de sa personne : cela relève de la discrimination. En effet, elle ne peut plus participer au tournoi de Roland Garros parce que les organisateurs ne considèrent pas sa souffrance. Empêcher quelqu’un de faire un travail ou de participer à un tournoi en raison d’une spécificité qui ne met nullement en cause ses compétences ou n’est pas dangereuse est clairement une discrimination( exclure quelqu’un sans motif légitime) , ici une discrimination à l’encontre de sa santé mentale, ce qui relève de la psychophobie(discrimination qui marginalise les personnes neuroatypiques ou qui ont de troubles psychiques).

Racisme et sexisme : Naomi est une jeune femme racisée( d’origine afro américaine et japonaise). Elle n’est pas la seule à avoir des problèmes de santé. D’autres joueurs ont des problèmes sans qu’ils n’aient été critiqués. Certains, comme Benoit Paire ont des problèmes de motivation, puisqu’il avoue lui-même ne pas avoir envie de gagner un tournoi du Grand Chelem ou de ne pas avoir la volonté de faire les sacrifices qu’il faut . Personne ne luit tient rigueur de cette faiblesse de caractère. Dans le tennis, les femmes comme Serena Williams ou Amélie Mauresmo ont été plus souvent critiquées lorsqu’elles ne réussissaient pas, or on a jamais rien entendu sur Richard Gasquet ou bien d’autres. On pardonne moins à une femme , une femme racisée de surcroît son manque de performance.

Un acte anticapitaliste : les tournois de tennis sont financés par des sponsors, c’est-à-dire des marques capitalistes . Les conférences de presse permettent , en gros , et de manière très schématique , en partie seulement, de valoriser les sponsors. En d’autres termes, les joueurs sont obligés de participer à ces conférences de presse pour valoriser leurs sponsors. Dans la société capitaliste, le sport , l’art, les loisirs sont relayés au second plan: ce qui compte est leur popularité et la rentrée d’argent qui va avec, et non le jeu lui-même. Naomi Osaka est une excellente joueuse de tennis, classée seconde au classement mondial. Ses performances sur le terrain ne sont plus à prouver. Elle n’a donc, en théorie,pas besoin de conférences de presse ou de journalistes présents seulement pour engraisser des marques. Son refus de participer à ce jeu médiatique est la preuve qu’elle se recentre sur son métier, et qu’elle fait passer le jeu avant l’argent. En refusant d’écouter ses volontés et d’exclure une de ses meilleures joueuses, le tournoi de Roland Garros se fourvoie et fait passer les enjeux capitalistes avant le sport lui-même, comme si le sport avait été avalé par l’obsession de la rentabilité. L’acte de Naomi Osaka est anticapitaliste par excellence car le tennis redevient un sport avec elle, et non plus une pompe à fric, et enfin parce qu’on se recentre sur le jeu-lui même et non le profit qu’il génère. N’est -ce pas la plus belle déclaration d’amour au tennis qu’on puisse faire?

L’artiste est un bon à rien , un propre à rien selon les critères de la société capitaliste. Il a une aversion pour le travail utile-ou qui aurait une utilité pratique immédiate. Il a peu de goût pour les conventions sociales ou les exigences académiques. C’est un éternel inadapté. Fatou Diome disait dans une interview que la littérature est un aveu d’impuissance : on se met à écrire parce qu’on ne peut rien faire d’autre. Elle a raison : l’écrivain est un incapable. L’imagination empêche l’être de s’accomplir. Il est perdu dans son monde, la tête dans les nuages ou la lune, incapable d’appréhender l’espace. Toutefois, l’imagination est peut être une malédiction de l’utilitarisme mais elle ouvre des portes inexplorées : elle fait sortir de la spécialisation, elle permet une créativité hors normes qui surmonte les obstacles et transcende les matières et les domaines : un artiste, s’il va jusqu’au bout, peut tout faire : écrire, dessiner, composer de la musique grâce à sa capacité inventive, il peut même devenir scientifique, c’est à dire sortir de l’opposition artificielle dans laquelle la société nous a enfermée pour créer des bons petits spécialistes au service du capital. L’artiste est donc un révolutionnaire absolu, sans violence, par la seule force de son refus de la performance et de son imagination.

L’artiste constitue un paradoxe avec lequel lequel la bourgeoisie doit composer. La bourgeoisie déteste l’inutile mais elle adore la hiérarchie. L’art est par essence populaire, nous ne le nions pas, mais le véritable artiste est rare. C’est ce qui fascine la bourgeoisie : il y a une espèce d’élection dans l’art. C’est pourquoi , malgré son inutilité, la bourgeoisie raffole de l’art et fait rentrer les marginaux artistes au sein de la « norme » ou de la validation « sociale », après leur mort en général. L’art devient réservé à une élite éclairé, et le commentaire de l’oeuvre, bien qu’elle doit rester intelligente devient une herméneutique seulement comprise par les intellectuels. George Bataille l’avait bien compris dans la Littérature et le Mal. L’art est inadapté au capitalisme mais nécessaire à l’égo du bourgeois dans sa recherche esthétique.

La poésie est une sorte de victime du capitalisme : admirée et recherchée par la classe bourgeoise, et détestée et réprouvée pour son incapacité à générer de l’argent car son langage difficile d’accès la renvoie à l’élite de la Littérarure. Foutaises, elle décide de survivre malgré tout et de revenir à ses origines musicales , par exemple, avec le rap, déclamatoires avec le slam et le spoken word, son sens de la formule et du slogan avec le tag et le graffiti, son jeu des sonorités avec le beat.